Textes à partager
Mes textes sur l'écrit et l'image peuvent vous être utile pour partager la passion de la calligraphie ? Les voici sous forme texte, facilement récupérable.
N'hésitez pas à reprendre ces textes, à titre non-commercial, ils sont sous licence libre Creative Common.    Creative Commons License
Plus d'infos sur les CC.



Histoire de l'écriture
Introduction
     L'écriture, dans sa forme définitive, constitue un système d'organisation de signes graphiques abstraits et arbitraires. C'est une codification qui, de ce fait, nécessite un commun accord ainsi que l'apprentissage de ce code par ses usagers.

     Nous allons voir comment les signes sont apparus de façon écrite. Volontairement, j'ai axé les chapîtres qui suivent sur l'histoire occidentale des écritures. Vous trouverez sur Internet d'autres sites pour ce qui est des écritures orientales, ou d'autres contrées...

     Les premiers signes ont d'abord été des dessins figuratifs d'objets. Ce sont les pictogrammes. L'inconvénient majeur de cette grille de signes est son caractère quasi illimité d'une part, et d'autrepart, l'incapacité de décrire les idées, les sentiments, ou toute autre manifestation immatérielle, non visible.
     C'est alors qu'apparaissent les idéogrammes. Désormais, l'objet ou l'idée à évoquer serait traduit par un signe définit.
     C'est en Mésopotamie que ce système d'écriture naquit. Il est appelé "cunéiforme", de {cuneus} qui signifie "clou" en latin. En effet, l'outil servant à former les lettres était un roseau taillé en triangle, qui laissait une empreinte de clou lorsqu'on l'appliquait dans l'argile.
Les fermiers et bergers peuplant la Mésopotamie (le Moyen-Orient d'aujourd'hui) s'en servaient afin de comptabiliser leurs productions, têtes de bétail, sacs de céréales, et autres denrées commerciales.

     Peu après, les égyptiens créèrent les hiéroglyphes, terme issu des mots grecs {hieros} "sacré", et {gluphein} "graver"; le support adéquat était donc la pierre.     
Champollion, au XIXe siècle, nous donna une traduction, grâce à la célèbre "pierre de Rosette". Sur cette tablette figurait un texte écrit en trois langues : hiéroglyphe, démotique et grecque. Champollion qui connaissait le grec, put par comparaisons et recoupements traduire les écrits. Il constata la complexité de l'écriture des hiéroglyphes et démontra qu'elle n'était pas qu'un simple ensemble d'images.

     Pour les livres, on utilisait une écriture plus schématique, découlant des hiéroglyphes : l'hiératique, terme venant du grec {hieros} signifiant "sacré".
Le plus bel exemple retrouvé aujourd'hui est celui du Livre des Morts, datant du XIIe siècle av. JC. Ce recueil de prières, qui évoquait aussi la vie après la mort, était déposé dans la tombe du défunt, de façon à escorter son âme durant son dernier voyage.

     Au milieu du VIe s. av. JC, la simplification progressive de l'hiératique permettra un usage plus courant et populaire. Les égyptiens purent écrire en style démotique (en grec, {demos} signifie "peuple"). Les supports de l'écrit étaient divers : la pierre, les tablettes d'argile, ou encore le papyrus, fabriqué à partir des plantes poussant sur les rives du Nil.

     Les Phéniciens se basèrent sur l'écriture démotique pour concevoir et développer ce que l'on considère comme le premier alphabet. Il ne s'agit plus dès lors d'idéogrammes, mais de signes abstraits désignant non plus des objets ou des idées, mais des sons.     
Vers 1000 av. JC, cet alphabet prend sa forme aboutie : c'est un système de 22 consonnes qui s'ordonnent sur une ligne, et se lit de droite à gauche. Il servit de base à la formation des autres alphabets dans les pays voisins de la Phénicie, en Arabie par exemple, ou encore en Syrie où vivaient les araméens.     
Les hébreux, en pays de Canaan, développèrent l'alphabet araméen, en modifiant la prononciation par l'ajout d'accents et de points aux voyelles. L'apparition de ces dernières revient aux grecs.

     L'alphabet grec, appelé ionien, sera fixé vers 400 av. JC : le sens de lecture sera de gauche à droite, on emploiera 24 lettres et on fera une distinction entre les majuscules et les minuscules. Notre système linguistique actuel descend de cet alphabet.     
Les grecs nous ont laissé beaucoup de documents de grande qualité : ouvrages traitant des mathématiques, de médecine, de religion, philosophie, littérature... Ainsi, près de 700 000 oeuvres ont été retrouvées dans les vestiges de la bibliothèque d'Alexandrie. Les scribes recopiaient avec patience et application toutes sortes de récits, qu'ils commercialisaiten ensuite sur les marchés; ils furent les premiers libraires.     
A partir du VIIe siècle avant JC, les étrusques ramènent dans leur pays, l'Italie, l'alphabet grec.

     Quelques changements s'effectuent : remplacement et ajout de lettres, développement de styles d'écritures... La célèbre capitale romaine, qui est souvent à la base d'une création typographique, la cursive, la quadrata, ou encore la rustiqua viennent diversifier l'alphabet latin, vers 700 av. JC.



     Le IIIe siècle après JC marqua la généralisation de l'écriture. A cette époque, l'empereur Constantin rend officiel le christianisme, et le proclame religion d'Etat. C'est alors que le besoin de répandre les textes bibliques se fit sentir, et c'est ainsi que l'activité de copiste fût enfin reconnue.     
Le moine copiste avait pour mission de reproduire fidèlement les oeuvres grecques et latines, et prioritairement la Bible.

     Son outil était la plume d'oie et son support le parchemin (peau de bête). Dans le scriptorium (nom désignant le lieu de travail du copiste), le moine travaillait sans relâche, ne s'accordant une pause qu'au moment de la prière.
S'il était très habile de ses mains, il se spécialisait en miniatures et lettrines (lettres ouvragées qui ornent les débuts de paragraphes). D'autres moines se consacraient à l'enluminure (dorure) ou la reliure...
     En ce temps-là, tous ceux qui dédiaient leur vie au culte, étaient les plus haut placés dans la hiérarchie sociale; on les assimilait aux riches seigneurs et gens de noblesse, appelés le Clergé.
     Ce n'est qu'entre le Xe et le XIe siècles que quelques moines firent voeux de pauvreté, et décidèrent de vivre selon le message des Evangiles.

     Avant le XIIe siècle, en tant qu'instrument de pouvoir, la connaissance de l'écriture était réservé à l'élite. Tout comme il existe une hiérarchie sociale à cette époque, un autre classement est instauré dans le domaine de l'écriture du IVe au VIIe siècles. On crée l'onciale qui sera la seule employée dans les textes sacrés. Autrement, on fera usage de la rustica, style très opposé et marquant ainsi une différenciation entre ce qui est de l'ordre du divin et de l'ordre de l'humain. C'est à cette période que la calligraphie, art du bel écrit, nait et s'élève au rang d'art à part entière.
     Au VIIIe siècle, Charlemagne souhaite unifier les pays du royaume franc. Alcuin, célèbre archevêque de York, grand savant et futur maître d'une Ecole de calligraphie en Touraine, est appelé afin de créer une écriture européenne, claire, lisible et régulière : c'est la carolingienne, plus communément appelée écriture caroline. Elle est d'inspiration antique, car Charlemagne admirait le temps des premiers empereurs romains.
Les humanistes de la Renaissance en firent la base de leurs premiers caractères d'imprimerie. Passionnés et fervents lecteurs des ouvrages de l'Antiquité, ils pensèrent tout d'abord retrouver des textes classiques, alors qu'ils s'agissait de textes du VIIIe siècle en écriture caroline. De là vient le nom de "caractère romain".     

Dans l'Europe du XIIe s., une nouvelle industrie va continuer la démocratisation de l'écriture, qu'avait entamée l'apparition des premières écoles sous Charlemagne; il s'agit de la fabrication du papier. Ce dernier remplace avantageusement le parchemin, qui est cher et long à préparer.

     Les villes croissent et se multiplient : on y bâtit des universités ainsi que des ateliers laïcs de copie. Cet essor aux multiples facettes a pour résultat la diffusion plus manifeste des livres, des textes de droit, ou de littérature, bref du Savoir.

     En outre, ce siècle témoigne de l'apparition des écritures gothiques : textura, bâtarde, rotunda, cursive gothique, fraktur. Ce style nous est venu des pays nordiques. Là-bas, l'architecture pointe vers le haut, et cette caractéristique est aussi celle de l'écriture gothique. Arrivée en France et en Italie, elle évolue vers une forme plus ronde (rotunda); en Allemagne, elle s'amincit (fraktur). Les transformations typiques de chaque pays ne sont pas le fruit du hasard, mais concordent avec l'esprit, la culture artistique et architecturale de chacun.

     Les manuscrits religieux enluminés, entre le XIIe et le XVe siècles, adoptent ce style, qui est aussi qualifié de "monacal". Outre la quadrata textura, on utilise la prescissus, pour les livres sacrés et luxueux. Pour tous les autres thèmes, une forme cursive est généralement préférée. L'activité de copiste est alors à son apogée. En effet, les manuscrits sont très prisés par les riches marchands, et l'essor des universités laïques crée une demande supplémentaire.

     Les étudiants, en ce XVe siècle, s'intéressent à l'Homme et à sa capacité d'évoluer spirituellement. Les textes de l'Antiquité sont leur source de lecture principale. Le mouvement dit "humaniste" aura son propre style d'écriture : l'antiqua, minuscule humanistique. A sa suite est dérivée une forme cursive appelée cancellaresca, terme issu du fait que son dévelop- pement se fit au sein des chancelleries papales.

     Alors que le manuscrit prospère, un événement va bousculer l'histoire des écritures et du livre : vers 1440, Johannes Gutenberg, un typographe allemand, invente le caractère mobile qui servira à l'imprimerie.
Sa première publication est la Bible dite "des 36 lignes", expression dûe au nombre de lignes par colonne. Le style qui y est utilisé est la gothique quadrata textura.      Moins coûteux et plus rapides à fabriquer que les manuscrits, les livres imprimés furent produits en quantité, ce qui contribue à répandre plus largement la culture. On considère que cet événement révolutionnaire clôt le Moyen-Age.

     L'écrit devient sujet d'études de plus en plus approfondies. Des théoriciens, spécialisés en la matière, publient des traîtés expliquant des lois géométriques, relatives à la construction des lettres. Un des critères de qualité principal est celui du respect des règles de proportions, comme celle du "nombre d'or". Une autre de ces règles est détaillée dans l'Alphabetum Romanum (1460) de Felice Feliciano; comme son nom l'indique, ce texte propose l'alphabet romain pour base de tracé de lettres.
Luca Pacioli écrit de Divina Proportione (1509) où il explique les règles mathématiques qui régissent la construction des capitales romaines; cet ouvrage fut illustré par Léonard de Vinci, grand génie multidisciplinaire de la Renaissance. Mentionnons aussi le Livre des Proportions d'Albrecht Dürer.

     La chancellière, par sa grâce et l'harmonie de ses arabesques, inspire bon nombre de maîtres, tels que Tagliente qui est l'auteur de Lo Presente Libro Insegna (1530), ou Palatino qui publia Libro Nuovo (1540).
     Cette écriture marqua fortement le XXe siècle, tout autant que la minuscule humanistique qui était le caractère d'imprimerie par excellence durant le premier siècle de l'impression. Puis on lui concéda une variante : l'italique. Au XVIIe siècle c'est l'apparition de la bâtarde, qui est ronde et penchée. Le siècle suivant aura aussi son écriture inclinée : la coulée.

     Mais surtout on crée le style le plus important de la période post-Renaissance : l'anglaise. Présente dans toute l'Europe, elle s'y est diffusée du fait de la puissance de l'Angleterre du XVIIIe s. Nous la connaissons bien pour avoir appris à tracer ses boucles et courbes majestueuses, quand nous étions écoliers. Mais, il s'agissait d'une version simplifiée le plus souvent.
Aisément gravée dans le cuivre, elle était ensuite imprimée d'après ces planches, par application sur une feuille. Cette technique d'impression lui donna son nom anglais : copperplate, où {copper} signifie "cuivre", et {plate} signifie "gravure".

     Sur l'île anglo-saxonne, on excelle depuis longtemps dans l'art manuscrit, et aujourd'hui dans l'art de la typographie. George Bickham présenta 25 calligraphes de son temps dans le livre The Universal Penman (1740).
Plus tard, à la fin du XIXe siècle, l'Angleterre nous livrera un des premiers grands calligraphe moderne : Edward Johnston.

     Ses recherches graphiques portèrent sur les principes qui font l'at de la calligraphie : tenue du porte-plume, angle, inclinaison de la plume, proportions des lettres.. Son traîté Writing and Illuminating and Lettering (1906) préconise un retour à l'écriture manuscrite la plus pure. Johnston est aussi l'auteur du caractère appelé "Foundational", qui de par sa pureté de tracé évoque l'amour du travail bien fait et la qualité qui étaient de mise à l'époque médiévale.

     En France, Diderot et d'Alembert demandent à Paillasson de rédiger la partie "écriture" de leur Encyclopédie. Ce texte est une référence en la matière.

     De même, l'Allemagne connaît un renouveau avec Rudolph Von Larisch et Rudolph Koch.

     Depuis 1950, la calligraphie moderne se développe dans presque tous les pays; ainsi, cet art est aujourd'hui multiple et divers grâce aux différentes cultures qui apportent leurs touches personnelles.

     La calligraphie connaît actuellement un regain d'intérêt. Comme les prouesses technologiques nous ont fascinés, mais aussi beaucoup éloignés de la richesse du travail manuel, il se passe aujourd'hui un retournement de tendance dans nos sociétés omnubilées par la performance. L'art manuscrit serait-il une des réponse à notre quête de la Personne, de l'Humain et de son rapport au temps qui passe ?
Peut-être qu'être à lettre serait un moyen pour retrouver un rythme humain...



Histoire de l'image
Enluminure : terme issu du verbe latin {illuminare} qui signifie "éclairer".

     L'apparition de l'écriture doit beaucoup à la représentation par l'image. L'Homme n'écrit en effet que depuis 6000 ans, alors qu'il a toujours dessiné (art rupestre). C'est pourquoi, dès les premières utilisations de l'écriture, on a agrémenté celle-ci de décorations, d'illustrations.

     Dans les textes sacrés du Moyen-Age, l'image jouait même plus qu'un rôle purement récréatif. Puisque la lecture était une activité peu répandue, les enlumineurs veillaient à créer un deuxième niveau de lecture grâce à leurs dessins.

     En ce qui concerne la mise en page, l'image servait de point de repère à l'intérieur des livres. On séparait par exemple les chapitres ou les différentes Evangiles d'une Bible par une pleine page d'enluminure. Les débuts de textes étaient signalés par une lettrine.

     La lettrine figurait le plus souvent le thème du texte qui en était orné. De la sorte, on repérait rapidement le sujet du chapitre. En effet, l'image, à la différence de l'écrit, est d'emblée déchiffrable; elle plonge directement le lecteur dans une ambiance. Cependant, son caractère descriptif et figuratif, en particulier au Moyen-Age, ne laissait pas autant de place à l'imagination que l'écrit.

     Aujourd'hui, puisque l'art peut s'épanouir en dehors de toute académie, l'image joue d'avantage un rôle de complément à l'écrit. Par des touches de couleurs, des effets de matière ou toute autre expression plastique, on peut se permettre de traduire, d'interprêter un message sous-jacent au texte. Cette liberté n'était pas encore l'enjeu majeur du Moyen-Age.
Il était plutôt question de respect des codes et règles graphiques; symbolisme des formes, des personnages et des couleurs, qualité de la ressemblance au réel...

     Posséder un livre enluminé était une marque de distinction sociale. C'était l'apanage des gens de pouvoir : roi, princes, riches seigneurs. Les ecclésiastiques qui les fabriquaient tiraient bon profit de leurs chefs-d'ouvres.
     Comme exemple de chef-d'oeuvre, citons le très célèbre Livre de Kells (découvert à Kells, Grande- Bretagne au XIIe s.) qui est la référence dans l'art de l'enluminure médiévale. On suppose qu'il a été fait entre le VIIe et le VIIIe s.
     Enluminé en style celte, ce livre est très coloré, tout en entrelacs, courbes, cercles, pointillés, le tout formant de riches motifs. Le style celte se caractérise aussi par une grande liberté dans la représentation des êtres qui peuvent être employés en tant que motifs, et sont déformés pour se mêler aux entrelacs. Le motif géométrique et abstrait est la distinction principale de ce style. Ceci peut s'expliquer en partie par l'influence de la culture orientale chez les gaéliques.

     L'autre ouvrage de référence, de style irlandais, est l'Evangéliaire de Lindisfarne.
     En Angleterre, plus au sud, on s'inspire plutôt du style celte que romain, ce dernier étant pourtant très prisé à l'époque. On fait fi des règles naturalistes, ce qui confère au style anglo-saxon un expressionnisme certain. Plus tard, après le XIIe s., l'enluminure acquiert plus de noblesse encore et le classicisme fut alors de bon ton dans l'île.
     C'est Charlemagne, quelques siècles avant, qui avait remis au goùt du jours la culture de l'Antiquité avec la redécouverte de textes et la relecture de la Bible à son origine. Comme au temps des empereurs romains, la mode revient à la dorure des lettres, sur fond de couleur pourpre.
L'association du style romain au style anglo-saxon donna naissance au style roman. Les enlumineurs enrichirent leur palette thématiques d'animaux, de scénettes plus narratives et ils s'illustrèrent dans l'art du portrait miniature.

     A partir du XIIIe siècle, la production d'ouvrages enluminés s'accélère. La laïcité, l'extension du domaine culturel à une plus large part de la société et le développement du mode de vie urbain en sont les raisons.
Au fil du temps, les réalisations sont de plus en plus fines, de plus en plus réalistes et caractérisent les styles gothiques.

     Au XVe siècle, les livres d'heures sont très en vogue; ils ont pour thèmes le rythme des saisons et les activités propres à chaque mois, ou encore les heure d'office de la Vierge.
Citons le livre des Très Riches Heures, oeuvre des frères Limbourg. Végétaux entrelacés, scènes très détaillées, petits animaux, et nombreuses surfaces dorées remplissent véritablement ce livre.

     Les 1ers humanistes italiens, quant à eux, exécraient le style gothique qu'ils qualifiaient de "barbare". Ce qu'ils recherchaient était une sorte de perfection inspirée du modèle antique. L'utopisme marqua l'esprit de cette époque. C'est cette propension à l'idéal qui définit le mieux ce style. De plus, l'aversion pour le gothique leur fit chercher de nouveaux sujets, plus encrés dans la vie humaine. Avant eux, on dessinait quasi- exclusivement des scènes et personnages issus des Saintes-Ecritures.

     Le style Renaissance est reconnaissable à ses motifs spécifiques : vigne blanche, feuilles d'acanthe, motifs antiques (vases, crânes, lances, écus...), animaux (oiseaux, papillons, dauphons...), petits points blancs pour rehausser les zones foncées...
     La période suivante, située entre le XVIIe et le XIXe s. ne connut pas de révolution majeure dans le domaine de l'enluminure. La Guirlande de Julie est un exemple d'un des derniers maîtres en enluminure classique. Celle-ci tomba progressivement en désuétude, du fait de l'essor des techniques et machines.
     A tel point que vers 1850 le mouvement Arts & Crafts émergea d'une révolte contre la médiocrité des objets usuels de l'époque. Pour pallier à ce manque de savoir-faire, les artistes de l'Arts & Crafts se donnèrent pour mission de réintroduire le travail manuel de qualité dans le quotidien.
C'est ainsi que William Morris se pencha sur les techniques de l'enluminure et de la calligraphie, de l'époque médiévale en particulier.
Avec la même volonté de concevoir des biens de consommation de qualité, il fonde en compagnie d'amis artistes sa société de design industriel "Morris, Marshall, Faulkner & co".

     Aujourd'hui, pour la calligraphie, l'enluminure et les arts d'une façon générale on s'inspire du passé, on observe le présent, et on tente de percevoir l'avenir, sans nécessairement se revendiquer d'un courant artistique particulier.

     Chaque artiste développe son style iconographique; sa sincérité, son talent et sa capacité à se promouvoir faisant le reste...



Les principaux styles calligraphiques

Capitale romaine
Ecriture institutionnelle gravée sur les bâtiments, et écrite dans les documents romains. Plus tard, elle devient une source inépuisable d'inspiration.

Rustica
Jusqu'au Ve s., alternative à la capitale romaine, perçue comme aussi prestigieuse. Après l'édit de Milan (officia- lisation de la religion chrétienne), elle est remplacée par une écriture dédiée aux textes sacrés. Jusqu'au XIIe siècle, elle servira à l'indication des chapitres.

Quadrata
Peu d'informations à son sujet, les ouvrages d'épo- que étant d'une grande rareté, dùe au fait qu'elle était le fruit d'un long labeur. Pas assez pratique pour les écrits courants, on la destina aux titrages et rapidement on ne l'utilisa plus.

Onciale
C'est une écriture de l'Eglise chrétienne (IVe siècle). Dérivée de l'onciale grecque, elle fut adaptée pour la langue latine.

Semi-onciale irlandaise
Réservée aux textes sacrés latins au début du Moyen- Age, elle est utilisée dans le Livre de Kells, qui comporte les Quatre Evangiles. Sa version en minuscules est encore prisée dans les îles anglo-saxonnes, pour écrire en langue gaélique.

Caroline
C'est l'écriture officielle sous Charlemagne. Cette minuscule descend de la semi-onciale et servira comme premier caractère d'imprimerie, après une préalable adaptation.

Gothique primitive
C'est une caroline compactée du XIIe siècle. Les styles gothiques lui succèdant en sont directement inspirés.

Gothique quadrata textura
Ses lettres épaisses lui valent son nom anglais "Black Letter". Caractéristique du Moyen-Age, son emploi était très fréquent. Aussi éprouva-t-on le besoin de distinguer le "u" et le "v", ainsi que de rajouter un point sur le "i", pour une meilleure lisibilité. On agrémentait aussi cette écriture de majuscules ou de capitales lombardes.

Gothique bâtarde
L'Angleterre, la France et l'Allemagne ont développé leur écriture bâtarde propre. Ces styles régionaux furent en cours jusqu'au XVe s. principalement, et on en utilisa même jusqu'au XXe siècle.

Rotunda
Gothique du sud de l'Europe. Plus arrondie, elle correspond à l'esprit du Sud.

Fraktur
Style gothique développé par l'Allemagne.

Antiqua, minuscule humanistique
Adaptée par les humanistes du XVe siècle, elle est inspirée de la caroline. On la déclina en une forme cursive, et en capitales, qui sont en fait l'alphabet romain calligraphié.

Chancelière (ou "cancellaresca")
Ecriture de l'Eglise catholique du XVIe siècle, en Italie.

Anglaise
Fine écriture penchée, à nombreuses boucles, et de tracé rapide. Elle descend de l'italique, inventé peu avant. En ce XIXe siècle, elle devient l'écriture officielle des affaires et de l'enseignement.

Foundational hand
A la fin du XIXe siècle, née d'un mouvement de renais- sance artistique, ce style a été conçu d'après le psautier de Ramsey (Xe siècle) écrit en minuscules carolines anglaises.
La différence entre les deux réside surtout au niveau des empattements, plus minces dans le Foundational.

Ces quelques écritures font figures d'incontournables de la calligraphie. Il existe biensùr de nombreux autres styles dérivés de ces classiques...



Creative Commons License
Licence Creative Common


| Accueil du site |